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Vous êtes dans Dans la presse Edito du Président

05.10.2009
Les leçons de Jaurès

Le séminaire parlementaire 2009 restera comme un excellent cru. D’abord grâce à la qualité de l’accueil de Pierre Cohen et de ses équipes. Mais aussi car l’esprit de Toulouse a poursuivi celui de La Rochelle en mêlant échanges et réflexions, critiques gouvernementales et propositions, vision d’avenir et ancrage dans nos valeurs historiques. Et ce sous les auspices tutélaires d’un grand Toulousain, Jean Jaurès, dont les combats pour la démocratie et la justice sociale peuvent une fois encore servir d’exemples.


Jaurès était d’abord un grand Républicain et il y a matière à réflexion dans ses interventions, notamment comme député du Tarn dès 1885 ou comme directeur de l’Humanité, pour les libertés. La liberté de la presse lui semblait ainsi indispensable, pour informer, mais aussi pour éduquer les citoyens. A cette époque, formellement, elle était acquise. Mais en pratique, le poids des intérêts financiers se faisait toujours lourdement sentir. Dans la dénonciation par Jaurès de l’argent offert par l’ambassade de Russie aux organes de la presse conservatrice, pour que celles-ci soutiennent les emprunts russes ou la politique étrangère tsariste, ne retrouve-t-on pas de curieux rappels avec les nauséabondes promiscuités d’aujourd’hui entre presse et pouvoir ou avec la subordination des principaux organes de presse à de puissantes entreprises privées, souvent très dépendantes des commandes de l’Etat. De même, imaginons ce que Jaurès aurait dit face au spectacle d’un Président de la République invectivant un responsable d’antenne. Nous en avons longuement parlé à Toulouse, et nous bataillerons au cours de cette session pour le pluralisme et l’indépendance des média, notamment au travers de la proposition de loi déposée par le groupe en juillet, comme nous combattrons tous les autres reculs démocratiques qui seront tentés, comme sur la procédure pénale par exemple.

Jaurès était aussi un ardent défenseur des libertés municipales car tous les approfondissements de la démocratie lui semblaient utiles. La encore, ses combats trouvent un écho étrange, cent ans plus tard, avec cette véritable entreprise de démolition de la décentralisation, cette offensive de Nicolas Sarkozy contre les pouvoirs locaux marquée par le ringardisme et l’esprit de revanche. Le Président de la République a sonné la charge avec comme objectifs de laminer, après le législatif, l’audiovisuel, la justice, un des derniers contre-pouvoirs qui lui résistent, et d’enlever aux collectivités locales toute capacité d’autonomie et de libre administration. A Toulouse, nous avons dit que ces projets ne sont pas dignes de notre démocratie et ne sont pas à la hauteur des enjeux de modernisation de notre pays. Nous avons dit que le Président nous trouverait sur sa route, comme il trouvera tous les vrais défenseurs des libertés et tous les vrais promoteurs du développement économique, social, environnemental.

Un autre aspect important des luttes de Jaurès est sa promotion de la justice sociale. Ce sont les luttes des mineurs de Carmaux qui ont décidé, au-delà de ses combats républicains, de son engagement total dans le socialisme. Toujours, il sera du côté des plus faibles et plaidera pour que leurs droits soient accrus. Comme socialistes, nous poursuivons ce combat, plus que jamais d’actualité à l’heure où l’on retrouve dans la condition des travailleurs une brutalité que l’on croyait révolue, à l’heure où une crise économique née d’un retour en arrière idéologique a accentué encore les précarités et les difficultés sociales, à l’heure où une droite libérale remet en cause la justice fiscale. Sur ce dernier, rappelons-nous que, dès 1897, Jaurès défendait un impôt général et progressif établi sur les revenus supérieurs à trois mille francs.

Si celui-ci a été établi seulement 17 ans plus tard, la justice fiscale est aujourd’hui de plus en plus bafouée et les projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2010 en sont les derniers exemples, caricaturaux. Pour les plus aisés, maintien de la suppression des droits de succession, du bouclier fiscal, des niches fiscales, des niches sociales. Pour les autres, hausse du forfait hospitalier, fiscalisation des indemnités liées aux accidents du travail,... Là encore, de nombreux orateurs à Toulouse ont dénoncé ces projets, injustes et irresponsables, et ont proposé des voies de réforme, efficace et juste. Jean Jaurès nous aura ainsi bien aidé à lancer la session ordinaire 2009/2010.


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