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mercredi 23 mai 2012
Vous êtes dans Revue de presse Années 2002 et 2003

Interview sur ACT et la situation de la filière électronique à Angers

Le 3 janvier 2003, le quotidien Ouest-France publiait une interview de Daniel Raoul sous le titre "Angers, la filière électronique menacée". L'occasion pour le sénateur de revenir sur le dossier ACT.


ACT poursuit sa descente aux enfers. Un mot sur le drame humain que vivent 700 familles ?

Avec la liquidation d'ACT, c'est un pan historique et affectif de la filière électronique qui disparaît. A la ville d'Angers, nous sommes bien conscients du drame humain que vivent 660 personnes. C'est, d'ailleurs, pourquoi l'agglomération va accompagner le plan social par une somme de 250 000 euros pour le soutien au reclassement et à la formation. C'est une première. On ne l'a jamais fait.

Avez-vous l'impression que la ville, que les pouvoirs publics ont tout fait. N'ont-ils pas raté quelque chose ?

L'État a cautionné la vente par appartements de Bull sans se préoccuper de la crédibilité du repreneur ; du moins, sans mettre de clauses de pérennité de l'activité sur ce site. Moralement, l'État doit se sentir engagé. Et ce n'est pas par hasard que Bull met 6 millions d'euros sur la table. La Ville, quant à elle, n'a cessé d'alerter le ministre de l'Industrie, depuis juillet 2000, en disant que la situation était grave et que les conditions de reprise plombaient l'avenir d'ACT.

Pensez-vous que le maximum a été fait ?

Franchement, non ! La vente par appartement a été faite sans prendre de garanties.

Et la ville, aurait-elle pu faire plus ?

On aurait pu imaginer d'autres montages, en juin 2002. Mais il n'y a pas eu de repreneur. Vous comprenez bien que la ville ne pouvait s'engager seule, en juin.

Il y a Act, mais aussi toutes les entreprises sous­traitantes satellites. Faut-il s'attendre à des liquidations en cascade ?

Dans notre malheur, on a la chance qu'ACT n'ait pas une trop forte implication dans le tissu local. Bien entendu, des services et sous-traitants devraient perdre un chiffre d'affaires, mais il ne devrait pas y avoir trop de dégâts. Par ailleurs, il faut se méfier de la sinistrose. A côté du drame d'ACT et du contexte difficile du 2° semestre 2002, je rappelle que nous enregistrons 800 promesses de créations d'emplois, en 2002, soit plus qu'en 1997 et 1998. Je rappelle, aussi, qu'Angers est la 4° ville française pour la création d'emplois.

Les syndicats appellent toute la ville d'Angers à une manifestation, jeudi 9. Le maire et vous-même y participerez-vous ?

J'attends de voir quel est le mot d'ordre et de voir quels syndicats appellent. S'il s'agit de l'ensemble de la filière électronique et dans le cadre d'une intersyndicale complète, pourquoi pas ! S'il s'agit de deux syndicats seulement et qui demandent l'intégration des personnels dans Bull, c'est non. Il faut être réaliste.

Il y a ACT, mais aussi Bull et Packard-Bell. On commence à s'interroger avec inquiétude sur toute la filière électronique qui pèse d'un bon poids, en Anjou. Qu'en est-il ?

C'est le sens de la question que j'ai posée au Sénat à Francis Mer. J'ai eu la surprise d'avoir la réponse, non d'un homme politique, mais d'un industriel et d'un financier à court terme. Que vous preniez Hewlett-Packard à Grenoble, Philips au Mans, Alcatel en Bretagne Daewoo en Lorraine, Mitsubushi à côté de Rennes ou Solectron à Bordeaux, il ne se passe pas de semaine sans qu'on n'annonce de fermeture de production. Ou encore, ce qui est aussi grave, des rapatriements de savoirs faire et, donc, d'ingénieurs et cadres vers les USA ou l'Asie. Il s'agit d'un enjeu stratégique pour la France et pour toute l'Europe, si on ne veut pas compter les points entre les USA et l'Asie. Dans le domaine du light Tech, par exemple, la Chine s'est éveillée et décolle. Comme pour l'Espace, avec EADS, l'Europe doit rassembler ses forces et ses capacités de recherche, dans la haute technologie et arrêter l'hémorragie de cadre et chercheurs.

Et à Angers ?

Dans le cadre de nos compétences, nous devons, aussi, miser sur la formation professionnelle de haute technologie dans les domaines où l'Anjou a des filières de référence. Hors du tourisme et de l'agroalimentaire, la France n'a d'autre matière première que la matière grise. C'est sur tous les produits et services à valeur ajoutée qu'il faut mettre le paquet.

Tout ça, la faute à la mondialisation ?

Non ! Je ne suis pas antimondialiste. Ce qu'il faut, c'est une régulation au niveau économique mondial. On ne peut rester isolé comme un village gaulois et exporter sans accepter des règles d'échange. Il faut une éthique et un ordre moral au niveau économique. Les négociations qui commencent devront inclure ce volet. La première puissance mondiale doit accepter des règles dans le domaine économique et de l'environnement.

Recueilli par Charles BETGÉ-BREZETZ.


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