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12.01.2007
Communiqué de presse de Jacques Mahéas, sénateur-maire de la Seine-Saint-Denis, membre du Conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance

Lors d’une conférence de presse donnée hier, jeudi 11 janvier 2006, à l’Hôtel de Beauvau, le candidat UMP à l’élection présidentielle Nicolas Sarkozy a fait l’éloge du bilan du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, se déclarant « fier » des résultats obtenus dans le domaine de la sécurité.


Il ne peut s’agir que d’une vision partielle et partiale, car l’examen objectif des chiffres invite à bien plus de modestie.

En tant que membre du Conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance (OND), je suis avec une attention particulière l’évolution précise des crimes et délits, tels qu’ils sont constatés par les services de police et les unités de la gendarmerie et rapportés dans l’état 4001.

M. Sarkozy a raison lorsqu’il affirme que la délinquance baisse de 1,3%, mais il s’agit de la délinquance globale, chiffre qui ne signifie rien, puisqu’il mélange les faits les plus variés, de l’homicide à la simple menace, en passant par le vol, l’usage de stupéfiants ou le faux en écriture.

En revanche, le ministre ne peut passer sous silence que les atteintes volontaires à l’intégrité physique lui sont « un sujet de préoccupation majeure ». Lui qui se réclame d’une « toute transparence », il omet de préciser qu’elles ont augmenté de 5,6% cette année (+22.833 faits constatés : 434.183 au total) et que cette augmentation est continue.

Ces violences sont bien évidemment les faits les plus graves et ils signent l’échec de sa politique.

Pour balayer la question, M. Sarkozy invoque que les violences physiques non crapuleuses (+9,8%, +18.409 faits constatés — chiffres qu’il passe encore sous silence), ne représentent que « 5,5% de l’ensemble de la délinquance ». C’est exact, mais il s’agit tout de même, pour 2006, de 206.903 faits ! Les victimes apprécieront la désinvolture dans laquelle elles sont tenues !

Le ministre de l’intérieur affirme également qu’il s’agit essentiellement de violences à dépositaires de l’autorité publique et de violences de la sphère privée. M. Estrosi, qui a constamment remplacé son ministre de tutelle au Sénat lors du débat sur le projet de loi de prévention de la délinquance, a parlé lui de violences « intrafamiliales ».

Or, si l’état 4001 enregistre les « violences à dépositaires de l’autorité » en tant que telles (index 73), il ne contient rien qui spécifie l’ordre privé ou familial des violences, les index étant beaucoup plus flous, à l’instar de cet index 7 qui rassemble la majorité des violences non crapuleuses (164.359 sur 206.903) sous l’appellation « Autres coups et blessures volontaires criminels et correctionnels ».

De surcroît, les 127.400 faits de violences physiques crapuleuses (+2%) ne sauraient appartenir au domaine familial et il devient difficile de s’en dédouaner avec ce trait d’humour un peu douteux qui veut qu’il ne soit « pas aisé pour la police de faire de la prévention à domicile » !

Enfin, la rhétorique trouve ses limites dans des formules que le regretté Raymond Devos ne renierait pas. Ainsi, en séance, M. Estrosi nous explique-t-il, sans rire, que les violences aux personnes connaissent « une baisse de la hausse » !!! Nous préférerions une hausse de la baisse !

N’oublions pas non plus qu’il ne s’agit que de l’analyse de l’état 4001, c’est-à-dire des crimes et délits enregistrés par les services de police et de gendarmerie. Cela ne recouvre donc pas la délinquance réelle.

Selon l’enquête de victimation réalisée par l’OND (avec l’INSEE), en 2005, la délinquance aurait été trois fois supérieure à ces chiffres officiels : plus de neuf millions d'atteintes aux biens ont été commises en 2005 et près de quatre millions de personnes ont déclaré avoir été victimes d'au moins une agression. Sont donc comptabilisés plus de douze millions de faits de délinquance, quand l'état 4001 n'a enregistré, pour la même période, que 3.775.838 de plaintes.


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