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02.12.2008
Une dérive inquiétante (l'Edito du Président)

Ces dernières années, l’équilibre entre la liberté et la sécurité a peu à peu évolué, avec un déséquilibre inquiétant. Ces derniers mois, il a basculé. C’est l’escalade, une fuite en avant vers le tout-répressif, comme si les problèmes économiques et sociaux ne pouvaient se régler que par davantage de sécurité et le recours au juge.


Il y a quelques jours, la majorité sénatoriale adoptait une proposition de loi visant à proroger plusieurs dispositions de la loi anti-terroriste du 23 janvier 2006, rejetée par le groupe socialiste au motif que la lutte contre le terrorisme, avec lequel on confond immigration irrégulière, ne pouvait souffrir aucune instrumentalisation. Le Sénat s’est ainsi trouvé en situation de discuter d’un texte proposant la prorogation d’un dispositif anti-terroriste d’exception, de façon précipitée et sans disposer d’éléments suffisants permettant de procéder à une réelle évaluation.

Puis, on apprenait que l’association Droit au logement (DAL) a été condamnée au paiement d’une amende de 12 000 euros, le jugement assimilant la distribution de tentes à des SDF à " l’abandon d’objets embarrassant la voie publique sans nécessité ". Alors que plusieurs SDF viennent de trouver la mort en lle-de-France, cette condamnation sonne comme une indécente provocation. Depuis 18 ans que le DAL existe, jamais aucun gouvernement n’avait jusqu’ici cherché à pénaliser son action et à mettre en péril sa survie financière.

La meilleure façon de ne plus entendre le DAL, la seule façon de ne plus voir des tentes plantées sur les trottoirs, c’est de mener une politique d’éradication de I’habitat insalubre et de soutien au logement social. J’ai donc immédiatement demandé au Premier ministre, avec Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, de renoncer à percevoir cette amende.

Sur un autre registre, Frédéric Lefebvre, porteparole de l’UMP, vient de relancer l’idée d’une

détection des troubles du comportement chez l’enfant dès le plus jeune âge " dès l’âge de trois ans pour être efficace ", en complément d’un abaissement de la responsabilité pénale à 12 ans, pour faire face à la délinquance des mineurs ". La même proposition, indécente, avait soulevé un tollé en 2006.

Enfin, vendredi, nouvelle étape dans l’escalade du tout-sécuritaire. L’interpellation d’un directeur de publication dans une affaire de diffamation a, fort justement, plus que choqué. Les conditions déplorables de sa garde à vue ne font que souligner le caractère démesuré de cette mesure de coercition qui heurte la liberté d’expression. La garde à vue est de plus en plus utilisée par des juges de moins en moins protecteurs des libertés individuelles (+ 40 % depuis 2001 !), sans de justification toujours évidente. Peu à peu, la résistance de la société à la multiplication des atteintes à la liberté s’érode.

Il y a lieu d’être inquiets. Cependant, une note d’espoir : le peuple de gauche nous a adressé un message, dimanche dernier, en lisant un nouveau député, François Deluga, qui a battu le maire UMP d’Arcachon et ami personnel de Nicolas Sarkozy. Je lui souhaite la bienvenue au nom des sénateurs socialistes. Il rejoint le combat des socialistes en faveur de la liberté et de la justice, et d’un juste équilibre entre liberté et sécurité, équilibre qui doit manifestement être retrouvé.


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