Chaque semaine l’actualité apporte son lot d’abandons, parfois violents, de sites industriels. Après Renault et les décisions de délocalisations de Carlos Ghosn, ce fut Phillips à Dreux, Sanofi, et maintenant les raffineries pétrolières avec Total.
Même si la désindustrialisation n’est pas nouvelle (en 30 ans la France a perdu plus de 1,5 millions d’emplois industriels), elle s’est accélérée ces dernières années. Or, au-delà des usines arrêtées et des emplois directement menacés, ce sont des pans entiers de territoires et des réseaux de sous-traitants qui sont atteints par de telles décisions. L’industrie est en effet présente partout et irrigue l’ensemble du pays. On ne peut donc laisser quelques dirigeants privés décider au vu de stratégies purement financières de délocalisations brutales car celles-ci aggravent la désindustrialisation qui elle-même conduit le pays à l’appauvrissement.
D’autant que ces grands groupes multinationaux ont reçu des aides publiques importantes (10 milliards en 2009 rien que pour l’automobile).
Les gouvernements de droite se flattent en effet de mobiliser des sommes importantes dans l’objectif d’éviter les délocalisations. La suppression de la taxe professionnelle en est l’exemple le plus récent, soit plus de 11 milliard d’aides fiscales. Pourtant, l’accélération des délocalisations et les fortes difficultés des entreprises françaises ont cru parallèlement à ces aides.
Les politiques menées depuis 2002, loin d’inverser la tendance, l’ont aggravée, faute d’une vision stratégique du rôle et de la place de l’industrie dans l’économie. Ce ne sont pas les Etats généraux de l’industrie qui se sont terminés le 16 février et les futures annonces de Nicolas Sarkozy début mars qui vont changer cela.
C’est en effet un problème de choix politiques. Nos industries souffrent de la financiarisation de l’économie et de l’arrivée de nouveaux concurrents. Pour satisfaire les exigences démesurées des actionnaires, les entreprises multinationales ont choisi d’adapter perpétuellement leurs sites de productions en faveur des pays à bas coûts de main d’œuvre. Elles ont abandonné la recherche et l’innovation, se mettant ainsi en difficulté vis-à-vis de concurrents mieux armés qu’elles sur le segment du low cost. L’Etat aurait pu, aurait du, contrecarrer ces évolutions. Au contraire, il les a accompagnées, renforcées, négligeant son rôle de stratège et d’incitateur, délaissant l’effort de recherche, se bornant à arroser de manière indifférenciée. De même, l’Etat ne peut rester les bras ballants face aux décisions de fermetures d’usines et de suppressions d’emplois d’entreprises fortement bénéficiaires. C’est une question de morale, mais aussi d’efficacité car ces entreprises ont été aidées.
La crise appelle aujourd’hui une nouvelle ambition industrielle et une véritable volonté d’accompagner nos entreprises à respecter leurs salariés et l’Etat. Le groupe socialiste du Sénat intervient le plussouvent possible sur cette question : questionorale avec débat sur l’automobile, propositionde loi visant à créer une contribution exceptionnellede solidarité des entreprises ayantréalisé des bénéfices records, questions criblessur l’emploi et le plan de relance à notre initiative,…
Il continuera dans ce combat car l’avenir de nos territoires en dépend largement.