Rupture, d’abord, avec une certaine conception de la politique. La réforme a en effet été engagée non seulement sans le moindre mandat, mais en contradiction flagrante avec les engagements électoraux du Président de la République. C’est inouï, et c’est une nouvelle provocation de la majorité. Rupture, aussi, avec l’idée d’égalité qui est au cœur de notre pacte républicain, puisque ce sont d’abord les plus fragiles qui vont en payer le prix et consentir la majeure partie de l’effort demandé. Rupture, enfin, et même cassure, entre exigence de la réforme – que personne ne nie – et exigences de justice sociale – que beaucoup oublient.
C’est pour ces raisons-là que nous nous sommes battus contre le texte du Gouvernement.
Notre groupe s’est très fortement mobilisé, tout au long des débats. Alors que l’on annonçait partout le débat au Sénat comme un simple débat droite-droite agrémenté d’un débat droite-centre, la gauche est parvenue à rétablir le nécessaire débat droite-gauche. Nous avons présenté près de 300 amendements, dans une logique constructive. Ainsi avons-nous porté la voix et le projet des socialistes dans l’hémicycle. Sans démagogie, nous avons été en phase avec la mobilisation sociale qui s’est exprimée tout au long de cette intense rentrée politique et sociale. Et notre Première secrétaire, avec laquelle nous sommes allés saluer les manifestants mobilisés devant le Sénat, est venue assister à nos travaux. Grâce à ces efforts conjugués, nous avons contribué à accréditer l’idée que nous portions un projet robuste, crédible, alternatif, réellement financé, et radicalement opposé, dans son inspiration comme dans ses modalités, aux propositions de la droite. Parmi nos nombreux combats, je retiendrai en particulier la défense de l’âge légal de départ à la retraite, et notre opposition, pied à pied, à l’individualisation de la pénibilité, puisque les critères objectifs liés aux métiers sont désormais remplacés par l’obligation pour les salariés de prouver qu’ils sont à bout de forces.
Tout au long de ces semaines, le Sénat a été au cœur de l’actualité. Pour le meilleur, lorsque nous avons réussi à faire vivre le débat. Et aussi pour le pire, lorsque les débats ont été évacués en séance de nuit, compliqués à force d’ordres du jour évolutifs, ou finalement escamotés par le recours à la brutalité procédurale qu’est le vote bloqué.
La séquence sur les retraites a une nouvelle fois démontré que nous étions une opposition déterminée, qui combat la droite et se prépare à assumer, demain, des responsabilités d’Etat. Il nous faut, à l’avenir, rester animés par un triple souci : le souci de la crédibilité, pour ne pas promettre aujourd’hui ce que nous ne pourrons pas tenir demain ; le souci de la réforme, parce que notre pays a besoin d’être préparé au monde qui vient ; et le souci de la justice, parce que l’on ne modernise pas un grand pays sans mettre à contribution chacun, à la mesure de ses facultés.