La chute de popularité de Nicolas Sarkozy ne s'explique pas seulement par ses difficultés à assurer la fonction présidentielle et à assumer sa vie privée. Elle s'explique aussi par la confrontation entre ses promesses et la réalité. Pendant la campagne électorale, il avait promis "je ne vous décevrais pas", voulant rompre ainsi avec les multiples promesses sans lendemain de l'ère Chirac. Le voilà cependant confronté aux mêmes démons.
Il voulait être le président du pouvoir d’achat, il est celui des cadeaux fiscaux et de l’incapacité du gouvernement à répondre aux angoisses des Français face à la montée de l’inflation et à la crise financière qui grossit. Il voulait être aussi le président des ouvriers, porteur d’un discours volontariste dès qu’il s’agit de politique industrielle. Or, après avoir fait miroiter aux ouvriers de Gandrange le 4 février dernier que l’Etat allait sauver l’activité, il laisse Arcelor-Mittal fermer un site vital pour l’industrie lorraine et laisse péricliter une filière industrielle stratégique pour l’indépendance nationale. Il voulait être le président qui se battrait partout où les droits de l’Homme sont menacés, il reconduit la « Francafrique » et préserve avant toute autre considération nos intérêts économiques en Chine, malgré une stagnation flagrante de la défense des droits de l’Homme dans ce pays. Il ne voulait pas apparaître trop pro-américain, il fait réintégrer sans condition la France dans l’OTAN. Il voulait être le président de la réforme, mais les réformes qu’il mène sont handicapées et engluées par celle de l’Etat. Son discours sur la modernisation et l’évaluation des politiques publiques, au nom de la réduction des déficits, cache sinon une offensive généralisée de réduction de l’Etat, du moins une improvisation et un cafouillage sur les objectifs réellement poursuivis et les moyens mis en œuvre. Pour preuve de ce déficit de pilotage, on cherche vainement dans le calendrier parlementaire des semaines à venir une réforme d’importance. Mais il est vrai que court-circuiter le Parlement, sur l’Afghanistan, la réforme de l’Etat, les retraites, permet l’économie d’une confrontation avec les propositions de l’opposition et permet de ménager une majorité déjà inquiète des mauvais résultats de l’action de Nicolas Sarkozy, ou inquiète de l’absence de résultats.
C’est donc une responsabilité accrue que portent les sénateurs socialistes, renforcés aux dernières élections locales. Plus que jamais, nous devons apparaître aux yeux de nos concitoyens en capacité de forger une alternative crédible et représenter un recours, lorsque viendra le temps du bilan des promesses.